Ennio Morricone : la tentation de la “musique absolue”

Cet extrait porte sur le Chapitre XIV relatant la passion profonde du Maestro pour la composition classique, voire expérimentale.              

La renommée et la virtuosité sans égal du Maestro dans la composition pour l’écran, ne lui fit pas perdre de vue les nombreuses idées musicales qui jaillissaient de temps à autre et qu’il conservait précieusement. S’il était conscient que son style musical, très éclectique, convenait aux besoins du cinéma, il n’en souhaitait pas moins, depuis son enfance, s’orienter vers une musique plus classique, intimiste et libre, en s’affranchissant des contraintes imposées par le genre cinématographique et surtout mieux à même de correspondre à des aspirations profondes, nourries toutes ces années, sans pouvoir être en mesure de leur accorder tout le temps qu’il souhaitait.

Ainsi certains de ses amis cinéastes comme Giuseppe Patroni Griffi ou plus récemment Giuseppe Tornatore s’interrogèrent sur son emploi du temps à la faveur de la musique de film et donc, au détriment de ses compositions libres. « C’est moi qui ai voulu donner mes heures, de plein gré, et j’estime que je n’ai pas du tout perdu mon temps. J’ai acquis ainsi une grande expérience, dont je suis content sur le plan musical (source : Ennio Morricone. Biographie de Anne et Jean Lhassa, Editions Favre Sa – 1989)».

Pourtant, comme nous l’avons déjà précisé, le Maestro ne renonça à rien. Ni à rechercher l’équilibre économique grâce aux cachets issus de son travail pour le cinéma, ni à la composition libre qui ne cessa de l’habiter. Dès son plus jeune âge, il apprit à mener de front plusieurs activités. Il se frotta à la musique de variété et au jazz, en accompagnant puis remplaçant son père dans les orchestres de music-hall.

En même temps, il étudia un instrument (la trompette), la musique puis la composition classique à Sainte Cécile. Les dernières années, il fut l’élève assidu de Goffredo Petrassi. Celui-ci marqua toute une génération de musiciens et compositeurs de renom : Boris Porena, Domenico Guaccero, Aldo Clementi, tous trois du même âge qu’Ennio Morricone, et de Marcello Panni ou encore Peter Maxwell Davies (de la génération suivante). Tous s’attendaient à ce qu’il suive une voie toute tracée vers la création et la direction d’orchestre…

Avant même son dernier diplôme en 1954, il découvrit les arrangements pour la radio, la télévision et le disque qu’il pratiqua d’une façon quasi industrielle. Et au terme de cette même année, il avait déjà composé douze pièces classiques !

Il poursuivit les arrangements en faisant preuve d’une inventivité inédite et en repoussa même les limites. Puis il bifurqua vers la musique de film que très vite il sublima, au point d’ouvrir à cette discipline de nouvelles perspectives.

Morricone fut toujours là où on ne l’attendait pas. Il en arriva à être adulé par un public massif de néophytes et toisé par un autre, plus restreint de virtuoses dont il faisait partie et qui ignorait son œuvre classique. « Bien sûr, c’est un peu déplaisant que les gens me connaissent si peu, qu’ils ignorent toute une partie de mon travail de création, plus personnelle, plus intime, en rapport avec une autre musique que celle des films (1)».

Et les débuts dans le domaine classique furent prometteurs. Après une « Sonate pour piano fort », il poursuivit par un « Concerto pour orchestre » en 1957. Il présenta ce dernier trois ans plus tard, au Théâtre de la Fenice à Venise. En 1962, il organisa au Théâtre Aténeo, la représentation des 12 variazioni pour hautbois d’amour, violoncelle et piano (qu’il avait achevé en 1956). L’année suivante, il produit un Concerto pour orchestre et un Quattro pezzi pour guitare.


(1) Source : Reportage sur Antenne 2 au journal de 20h le 18/10/2002- www.ina.fr/art-et-culture

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