Ennio Morricone : le virage du milieu des années 70

Cet extrait (tiré du chapitre XIII intitulé “Le temps des grandes compositions” (1976 – 1989), porte sur le début des années 70 marquant un virage pour le Maestro

A partir du milieu des années 70, le Maestro commençait à être très à l’aise d’un point de vue financier, les droits d’auteur des nombreux disques qui sortaient dans les bacs du monde entier s’ajoutaient aux honoraires des prestations musicales. En revanche, son aisance matérielle n’influât en aucune façon sur son foisonnement créatif. Sa volonté ardente de progresser encore et toujours dans son art, l’incitait à en repousser les limites par des structures de composition complexes voire savantes mais toujours maîtrisées et justifiées (y compris pour le cinéma). Le grand public ne pouvait que rarement appréhender, saisir et cerner en quoi ces partitions adaptées à une oreille profane, si facile à siffloter, recelaient une part de génie. Morricone méritait le titre qui désormais le précédait toujours : le Maestro, y compris dans son domaine de prédilection : la composition classique.

Sur cette période (1976 -1989), Morricone créa et signa vingt-quatre partitions qui lui laissaient la possibilité de s’exprimer sans contraintes ni nécessité de négocier avec autrui (un producteur, un metteur en scène, etc.). Le nombre témoigne à lui seul de la part croissante des compositions libres du Maestro.

Dès 1978, il termina Immobile pour chœur et quatre clarinettes ainsi que Tre pezzi brevi (à l’origine composé pour le film Buone notizie d’Elio Petri et finalement non utilisé), une façon pour le compositeur de réhabiliter certaines partitions de grande valeur. L’année suivante, trois compositions classiques virent le jour dont un Bambini del mondo pour 18 chœurs de voix blanches Grande violino, piccolo bambino pour voix blanche, violon, célesta et orchestre à cordes, et Sequence di una vita. En 1985, Frammenti di Eros, cantate pour soprano, piano et orchestre, sur un texte de Sergio miceli.

En 1986, il signa deux partitions dont Il rotondo silenzio dellanotte pour voix féminine, flûte, hautbois, clarinette, piano et quatuor à cordesA la fin de la période, il acheva bon nombre de travaux classiques (dix entre 1988 et 1989) dont Cantata per l’Europa pour soprano, deux voix récitantes, et chœur mixte et orchestre et Specchi pour cinq instruments.

De 1975 jusqu’en 1988, il travailla sans relâche à Tre scioperi pour une classe de 36 enfants (voix blanches) et un maître (grosse caisse), sur un texte de Pier Paolo Pasolini.

Ainsi Morricone alterna entre travaux de commande le plus souvent pour le cinéma et compositions issues de ses réflexions sur la musique, de ses expériences au cœur du Gruppo di improvvisazione Nuova Consonanza (qui s’achevèrent en 1980), et destinées à un public nettement plus restreint.

Le compositeur ne put néanmoins se laisser aller à la musique expérimentale au point de s’y consacrer à plein temps. Il dut faire face aux sollicitations multiples, à commencer celles des cinéastes qui comptaient de plus en plus sur lui, en ce qu’ils le considéraient comme leur musicien attitré. Et sur cette période, on retrouva naturellement les Petri, Montaldo, Bolognini, Bertolucci, Lado, Campanile, etc.

Les metteurs en scène de cinéma français frappaient également à sa porte. Les succès remportés par Henri Verneuil ne passèrent pas inaperçus, ni en France, ni ailleurs. Ce qui incita non seulement Verneuil, mais également Girod, Gion, Molinaro, Lautner, Boisset, etc., à venir à lui et parfois même pour plusieurs films.

Les français furent imités par les américains qui firent fi de sa totale inaptitude à parler l’anglais ou sa version américaine. Morricone ne s’exprimait qu’en italien ! Et si un commanditaire se présentait, il lui revenait de trouver un interprète. Curieux pour un homme aussi habile ? D’autant que ses multiples incursions dans les soirées fréquentées par les soldats américains, au sortir de la seconde guerre mondiale, aurait pu l’y inciter (1)… Un peu gêné, le Maestro botta toujours en touche, arguant à qui voulait l’entendre ou le croire, qu’il n’avait pas eu le temps d’apprendre la langue de Shakespeare (que pourtant il admirait tant…).


(1) Voir chapitre III – Second trompette- (1943-1954)

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