Ennio Morricone : sa formation à l’Académie Sainte Cécile à Rome (1939 – 1944)

Cet extrait est tiré du Chapitre II intitulé “L’Académie Sainte Cécile” (1939 – 1944) et porte sur l’entrée du jeune Morricone dans cette fameuse école musicale dont il sortira (des années plus tard) doublement diplômé.

L’Académie Nationale de Sainte-Cécile, située au cœur de Rome, formait tout le contraire de ce dont rêve un garçonnet de onze ans. La vie y était austère, pleinement consacrée à l’étude de la musique, sous la coupe sévère de professeurs rigoureux, compétents, souvent réputés et pleinement investis dans leur mission.

L’Académie Nationale de Sainte Cécile de Rome représente l’une des plus anciennes sociétés musicales au monde. Créée sous l’appellation Congregazione de’musici di Roma en 1585 par la bulle papale Ratione Congruit, émise par Sixte V, elle gère depuis 1908, l’orchestre de l’Académie Nationale Sainte Cécile. Celui-ci fut le premier à se consacrer à des œuvres issues du répertoire symphonique. Cette formation ne totalise pas moins de 14 000 représentations publiques. De très prestigieux musiciens, à la renommée mondiale, l’ont dirigée, tels Gustav Mahler, Arturo Toscanini, Claude Debussy, Richard Strauss, Igor Stravinski et Herbert von Karajan… En 1919, l’Institution fut transformée en Conservatoire d’Etat dont la réputation internationale ne faillera jamais.

Le père d’Ennio décida ainsi du sort de son fils. Sans lui demander son avis. Ce sera l’apprentissage de la trompette, comme lui, et dans la meilleure des académies ! Compte tenu des temps difficiles pour les romains et la maigre pitance qui en résultait, il se satisfaisait de sa situation matérielle. Il la donnait en exemple à son fils. « J’ai élevé toute ma famille avec cet instrument. Tu feras la même chose avec la tienne. »(1).

En vérité, la trompette ne formait que l’un des aspects de l’enseignement dispensé au Conservatoire. De nombreux autres instruments y étaient enseignés, notamment le piano, le violon, le violoncelle, etc. mais encore l’histoire de la musique, l’harmonie, la composition, pour ne s’en tenir qu’à ces matières. L’année 1939 marqua ainsi un tournant décisif dans sa vie. A l’extérieur, une déflagration mondiale était sur le point d’éclater. Des temps difficiles s’annonçaient, pour se nourrir, se chauffer, se déplacer, se soigner… Entre les murs épais d’une institution séculaire, le jeune Ennio était sur le point de s’ouvrir à la musique, sous la direction de professeurs talentueux, étonnés par la progression de l’élève ainsi que par son brio et son intelligence. Ces années charnières au Conservatoire Sainte Cécile, allaient le marquer à vie et pas seulement dans son travail. C’est toute la maîtrise de son art qu’il allait acquérir et affiner, avec une curiosité et une ardeur insatiable et au-delà, sa conception de la vie.

Mario son père, ne limita pas le nouvel univers de son fils à Sainte Cécile. Très vite, il l’enjoignit à l’accompagner le soir, au sein des formations musicales. Il l’embaucha en qualité de second trompette dès que sa maitrise de l’instrument le lui permit. Les rares fois où Ennio Morricone évoqua ces dures années, il pointa la fatigue qui en résultait. « Dès le début de mon adolescence, je jouais avec mon père dans les night-clubs et les music halls de Rome pour aider ma famille à gagner de l’argent… »15 Les allemands appréciaient le jazz américain interdit sous le régime fasciste italien. Ils voulaient s’amuser, diner, boire et s’amouracher de filles à l’amour tarifé. En guise de rémunération, Mario et son fils se contentaient de cigarettes et de nourriture. « J’allais au lit très tard alors que j’étais attendu au Conservatoire le jour, expérimentant à la fois le meilleur et le pire de la vie de musicien (2)».

L’essentiel de ses journées reposait sur l’étude et la pratique de la trompette. Quant aux cours généraux (mathématiques, italien, histoire et géographie, etc.), il les suivait en parallèle à l’école salésienne tout près de l’appartement familial. Malgré des nuits souvent courtes, il devait conserver sa concentration et jongler entre les leçons musicales à Sainte Cécile, les cours généraux au lycée et les nuits au sein de l’orchestre paternel. Il s’agissait là et sans nul doute, d’une adolescence bien remplie et qui, à bien des égards, relevait de la plus grande difficulté (sans parler du contexte de guerre).


(1) Ennio Morricone, ma musique, ma vie. Entretiens avec Alessandro De Rosa – Editions Séguier – 2018

(2) Ennio Morricone « Life Notes » copyright 2016 Musica e Oltre

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